La chaire de Prospective

À l’origine, la prospective est une approche fondée au milieu des années 50 par un philosophe, Gaston Berger. En 1959, Berger cesse ses fonctions de directeur général de l’enseignement supérieur du ministère de l’Éducation nationale et devient, à l’invitation de l’historien Fernand Braudel, directeur d’études à la VIe section de l’École pratique des hautes études, la future EHESS. Son projet : faire de cette pratique une discipline à part entière. Comme le dira un peu plus tard Braudel, “cette prospective, science fragile, qu’il avait créée et portée sur les fonds baptismaux, il entendait, ici, dans notre École, en consolider et en améliorer l’ébauche” (1). Mais, ce projet ne se concrétisera jamais : Gaston Berger meurt accidentellement en novembre 1960, quelques mois avant de donner sa leçon inaugurale.

Il faudra attendre plus de 20 ans pour que la prospective trouve une place dans le milieu académique. La première chaire de prospective est créée au CNAM en 1982, sous l’impulsion du professeur Jacques Lesourne, alors titulaire de la chaire d’économie et de statistique industrielle. Jacques Lesourne a longtemps dirigé la SEMA, société au sein de laquelle ont été élaborées les premières méthodes françaises de prospective, et notamment la méthode des scénarios. Une des équipes s’intéresse plus particulièrement à la prospective dans les entreprises. Elle est dirigée par Michel Godet. Après quelques années passées en tant qu’enseignant associé au Conservatoire, Michel Godet est nommé professeur titulaire de la chaire de prospective en 1987. Il la quitte en 2014 pour prendre sa retraite. Philippe Durance est nommé professeur titulaire de la nouvelle chaire de prospective du Conservatoire en 2013.

En trente ans, la chaire de prospective du CNAM a changé trois fois de dénomination. Elle est passée du domaine de la “prospective industrielle” (1982-2008), attestant à sa création de ses relations avec le monde des entreprises, à celui de la “prospective stratégique” (2008-2014), pour rappeler sa nécessaire inscription dans la construction de projets et son rapport formel avec la décision et l’action dans les organisations. Créée en 2012, “la nouvelle de chaire de prospective du CNAM marque une rupture, à la fois de génération et d’époque, avec un intitulé à double entrée, ‘prospective et développement durable’, et l’ambition de mettre en œuvre l’ensemble des missions du CNAM dans ces deux domaines. En établissant un tel lien, elle montre que l’anticipation, dans le respect des valeurs et des principes posés par les fondateurs de la prospective, conduit à une action responsable” (2).

Le Conservatoire national des Arts & Métiers est le seul établissement d’enseignement supérieur français à offrir une formation en prospective qui conduise à un diplôme (master, doctorat) en sciences de gestion.

(1) Fernand Braudel, “Gaston Berger (1896-1960)”, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 16, 1, 1961, p. 210
(2) Philippe Durance, “De l’industrie au développement durable : la prospective en transition”, in Philippe Durance (dir.), La prospective stratégique en action, Odile Jacob, 2014, p. 11